Le beau discours(*) que notre ministre a tenu à Ludovia, ce 21 août a quelques chances de séduire l’opinion. Les évaluations qui vont être systématisées à tous les étages de l’édifice scolaire vont permettre: « de déceler les difficultés des élèves et d’ordonner des pratiques pédagogiques » a-t-il annoncé. Il rajoute à cela qu’elles seront traitées par l’intelligence artificielle. Et oui c’est d’une simplicité redoutable, l’intelligence artificielle va analyser les difficultés rencontrées par l’élève et prescrire les bons exercices que l’enseignant devra donner à ces élèves pour y remédier. Pour le grand public, il est fort probable qu’un tel discours fasse mouche! Et pourtant comme l’indique l’article du café pédagogique ce système expérimenté aux états unis et en Angleterre a fini par être abandonné pour de multiples raisons (évaluations trop traumatisantes pour les élèves, le système poussait des enseignant, voire des établissement entier à tricher, ou pire encore n’était enseigné que les tests).
Au delà de ces considérations qui ne sont pas négligeables n’y a-t-il pas danger qu’à ce petit jeu on complique les relations parents\école que l’on considère comme primordiale. En effet, ces évaluations tout azimut, vont classer les établissements scolaires, voir les enseignants eux-mêmes. C’est une belle manière de renvoyer les difficultés que rencontrent l’institution sur les individus et ainsi se dédouaner de ses responsabilités. Il n’est pas acceptable que sur le territoire de la république il y ait de bons et de moins bons établissements, de bons et de moins bons enseignants, c’est de la responsabilité du ministre de faire que le service public d’éducation soit excellent dans tous les points du territoires. Pour cela nous le savons cela passe par une réelle formation initiale et continue des personnels, par d’autres conditions d’enseignement, notamment les effectifs par classe et un réel travail de concertation avec les enseignants et tous les partenaires éducatifs. La vision mécaniste de notre ministre fait fi de toute la complexité de notre métier, nos élèves ne sont pas des automates auxquels il faut distribuer le bon programme. Les dimensions humaines, sociales, économiques, relationnelles ne sont pas numérisables (ou tout au moins pas encore) et ont toute leur place dans le parcours scolaire de nos élèves.
Ces choix dénotent une vision de l’école comme une machine à produire des petits êtres performants capables de s’intégrer dans cette société où la compétition règne et où, il n’y a de place que pour les plus forts, tout le contraire d’une société égalitaire, fraternelle et solidaire.